
Le cas de le Grèce met en lumière :
- le pouvoir exorbitant attribué aux agences de notation. Le cas de Moody’s
Moody’s a cautionné le fameux montage de swap de change entre Goldman Sachs et la Grèce avec l’excellente note Aaa.
Moody’s a déterminé qu’une rétrogradation à une note inférieure à A2 déclencherait un appel de fonds de 5,4 milliards d’euros.
Moody’s a rétrogradé la Grèce et son swap à la note A2 le 23 décembre dernier.
Moody’s a l’entière responsabilité de rétrograder ou non la Grèce à A3, déclenchant l’appel de fonds (avec les conséquences que l’on connait pour la zone euro).
Moody’s est une firme privée… américaine…
Bien sûr, chaque dégradation de la note provoque une hausse du taux d’intérêt des obligations grecques, d’où une nouvelle dégradation des finances publiques, etc.
- le cynisme des établissements financiers
Goldman Sachs a permis à la Grèce de contourner la pacte de stabilité et de croissance de la zone euro.
Comment est-ce possible qu’un établissement financier vende un produit et parie ensuite sur sa mauvaise performance ?
Paul Jorion répond sur son blog de la manière suivante : « parce qu’on peut gagner beaucoup d’argent en vendant cher de la camelote, et qu’on peut gagner beaucoup d’argent en s’assurant ensuite contre les dégâts provoqués par cette camelote. Beaucoup d’argent dans un sens, beaucoup d’argent dans l’autre sens. »
- qu’après la Grèce, il y aura peut être le Portugal, et l’Espagne. Et qu’ensuite, ce sera certainement au tour du Royaume-Uni, qui ne bénéficie pas de l’amortisseur euro.
De même que la banque Bear Stearns est tombée, le Grèce peut (ou aurait pu) tomber. A moins de prendre la vraie mesure nécessaire.
Il faut donc interdire les paris sur les fluctuations de prix, paris faits par des gens qui ne courent aucun risque mais qui créent des risques, dans le seul but du profit.
C’est le vœu de Paul Jorion (et le mien), dont les écrits m’ont inspiré ce billet et je vous encourage à aller sur son site.
- je ne dédouane évidemment pas le Gouvernement grec, qui a dissimulé le véritable état de ses finances, qui a laissé filé ses dépenses à tous crins, sans compter la corruption qui est estimée en Grèce à 790 millions en 2009 (source : ONG Transparency International).
Et pour finir sur une note romanesque (mais pas si loin de la vérité), il se raconte que John Paulson aurait parier sur la chute de l’euro, à l’instar de Georges Soros sur la chute de la livre sterling en 1992 (gain de Soros : 1,1 milliard de dollars).
La méthode :
- faire le plein d’instruments optionnels à effet de levier,
- le marché des devises étant trop vaste et impossible à manipuler directement, il faut chercher une solution alternative : jouer sur le marché des CDS (couverture contre le risque de faillite), beaucoup moins liquide et donc beaucoup plus sensible,
- achat massif de CDS grecs. Analystes et médias réagissent. La peur s’installe. Vente massive d’euros. De nouvelles prévisions alarmistes. L’euro baisse. Jackpot pour Paulson.
- et ensuite, c’est parti dans le sens inverse, effondrement des CDS grec, l’euro est sauvé. Rebelote pour Paulson…
Sauvez les établissements financiers. Ils vous le rendront bien, ou pas…
Et pour vraiment finir, sur une note plus terre à terre :
Que faire devant ces tempêtes de plus en plus fréquentes quand on est un modeste investisseur privé? La meilleure attitude serait d’être patient (la patience est une réelle vertu en matière de placement), d’avoir l’esprit de contradiction quand cela est nécessaire (pour éviter les comportements moutonniers en phase d’euphorie ou de panique) et de neutraliser ses émotions (dans un monde où règnent les flux d’informations, il parait plus sage de prendre du recul et d’évaluer à froid la situation).

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