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La question de la dépossession des peuples et des cultures est à l’ordre du jour car elle explique largement le sentiment de désespoir résigné ou de révolte qui agite aujourd’hui nombre de peuples du monde du nord comme du sud.

Par Corinne Lepage, 25 mai 2009

La dépossession est multiforme :

  • Dépossession territoriale par des États expansionnistes comme la Corée ou la Chine, qui, désireux de mettre la main sur les matières premières et les ressources alimentaires d’une population abondante , achètent des territoires entiers comme la Corée à Madagascar ou mettent la main sur les ressources minières africaines sous la forme d’un néo colonialisme qui n’a rien à envier à celui des ancienne puissances coloniales, du reste toujours présentes.
  • Dépossession économique du fait du rachat du capital de grandes entreprises par l’intermédiaire de fonds souverains ou de fonds de grandes fortunes dont les conséquences qui commencent à se faire sentir ne sont rien à côté de ce qui se prépare la sortie du bouleversement que nous vivons actuellement . Car , les projets d’acquisition se font avec des stratégies très précises , soit purement financières et spéculatives-donc très éloignées de tout projet entrepreneurial- soit de mainmise sur des secteurs industriels majeurs comme l’acier ou certaines matières premières rares . Dans les deux cas, les salariés de ces entreprises, travaillant dans les pays « conquis » c’est-à-dire sans aucun moyen d’intervention, perdent tout espoir de pouvoir être traité autrement que comme variable d’ajustement d’où les licenciements Arcelor Mittal ou « Conti ». De plus, le développement des économies devient dépendant du prix et de la quantité de matières premières ou de produits indispensables à leur propre production, c’est-à-dire perdent leur sécurité d’approvisionnement. Or, ce à quoi nous assistons n’est rien au regard de ce qui vient ; la baisse de valeurs des actions, jointe à l’accumulation de capitaux dans les pays émergents va changer al donne et l’Europe risque d’être al première perdante à la sortie de la crise.
  • Dépossession du capital immobilier et du capital naturel de valeur. A force de nous être réjouis de voir notre patrimoine immobilier racheté comme nos forêts, la structure même de l’aménagement du territoire change puisque la vocation des espaces acquis est le statu quo , ce qui est sans doute un bien en terme de protection des immeubles mais un risque en terme de déprise agricole et de développement rural. De plus, les joyaux que sont nos grands hôtels , le plus beaux immeuble parisiens ou provinciaux, les immeubles de l’Etat eux même sont vendus ouvrant la voie à des transformations qui , sur le plan symbolique comme sur le plan esthétique peuvent être problématiques.
  • Dépossession du capital naturel nécessaire à la vie : de la privatisation de l’eau à l’artificialisation de la nature, des brevets sur le vivant à la monopolisation rampante des semences, c’est progressivement la faculté de vivre tout simplement qui nous est retirée.
  • Dépossession de nos valeurs européennes humanistes et démocratiques. Au nom d’une concurrence qui emporte tout sur son passage, l’idéal de progrès social s’est effacé au profit (c’est le cas de l’écrire) d’un accroissement de compétitivité impossible à atteindre si ce n’est par un nivellement par le bas. L’idéal du coolie indien ou du salarié chinois qui permet à leur pays de progresser dans la voie de la compétition entre États, en réalité d’accroître les bénéfices des sociétés expatriées en deviendrait presque un !

Ces dépossessions à répétition traduisent en réalité une perte de pouvoir à tous les niveaux :

  • Perte de pouvoirs des États, y compris de l’Europe devenus incapables d’assurer le progrès social et plus encore de mener de véritables stratégies face aux menaces planétaires
  • Perte de pouvoir des individus sur leur propre avenir et sur leur propre vie puisque leur qualité de citoyen semble ne plus leur permettre de faire des choix réels par l’intermédiaire de leurs gouvernants.
  • Risque croissant de repli sur soi, de xénophobie et de violence du à une frustration, une angoisse et une désespérance croissante. Ce risque est d‘autant plus grand que Paul Virilio, avec justesse, analyse la situation comme celle « d’un exurbanisme omnipolitain en attendant l’exode colonial vers l’outre-monde » ….qui pourrait conduire à une guerre du tous contre tous

Face à une telle situation, que faire ?

  • L’Europe est le bon niveau de réponse à la condition de s’engager dans une voie différente de celle de l’hyper libéralisme qui nous a été servi notamment par la dernière commission. De nouvelles règle du jeu doivent permettre de protéger l’acquis européen tout en répondant au besoin urgent de développement de l’Afrique. Certains secteurs, lorsqu’il en est encore temps doivent pouvoir faire l’objet de protection nationale et/ou communautaire. Dans tous les cas, le droit communautaire doit permettre aux États d’intervenir pour garder un capital national ou communautaire dans les secteurs stratégiques ; les libéralisations des secteurs d‘intérêt général doivent cesser et le service d’intérêt général enfin être reconnu et défendu au niveau communautaire. Un droit de préemption doit être reconnu au niveau communautaire permettant aux États, aux collectivités publiques mais sans doute aussi à certaines formes de sociétés coopératives et au secteur de l’économie sociale et solidaire de s’opposer aux cessions de sites ou d’entreprises pour garder une économie locale. La fiscalité de l’actionnariat doit être repensée pour dissuader le opérations d’acquisition spéculatives par une fiscalité différenciée entre actionnaires stables et de passage et des droits e vote différents ans les conseils d’administration. La présence obligatoire de représentants de salariés et des actionnaires minoritaires doit être mise en place et des comités d’entreprise européens institutionnalisés.
  • Les biens publics y compris le vivant doivent être exclus de toute appropriation privée et revenir dans la sphère publique. Le fait que l’Europe décide de procéder à une telle révolution conduirait immanquablement les autres à en faire autant et ce d’autant plus que le phénomène de rareté aidant, la revendication à pouvoir simplement vivre ne va cesser de croître. Entre une immigration massive et incontrôlable et une révolution déchirante des fondements de l’hyperlibéralisme, le choix devra se faire inévitablement.
  • Ceci conduit donc à une réflexion sur la réappropriation du territoire et du local face à la globalisation. Le territoire doit redevenir la première brique du développement et donc d’une évolution soutenable et non le réceptacle de choix faits ailleurs. La décentralisation énergétique et le développement d’une économie qui y est associée, la priorité donnée à la proximité et au développement de l’économie numérique. L’application de la subsidiarité voulue par les Pères fondateurs de l’Europe à tous les niveaux, constituent autant de pistes de réponses auxquelles doit s’associer une démocratie rénovée.
  • Au niveau international, seule une gouvernance mondiale peut mettre en place des règle assurant la souveraineté réelle de sénats notamment en protégeant le plus faibles et en luttant contre des dictatures qui pour des pots de vins ou/et le soutien à leur régime bradent les territoires et les populations qui vont avec.
  • Il est plus que temps de se poser les bonnes questions pour essayer de trouver les bonnes réponses. Comme le propose Paul Virilio, investir dans le bien vivre ici plutôt que le mieux vivre ailleurs.

Chacun y gagnera et peut être l’Humanité aura-t-elle l’espoir de connaître un vingt deuxième siècle.