Article de L’Union paru le jeudi 4 juin 2009 :
L’émergence d’une nouvelle personnalité politique dominante à droite a provoqué au sein de l’ex-UDF une mitose forcée, entre les deux tours de la présidentielle, le Nouveau Centre se fédérant autour d’une alliance avec l’UMP de Nicolas Sarkozy, quand les élus restés fidèles à François Bayrou continuaient de suivre son étoile, comme des rois mages centristes.
Son destin, François Bayrou le voit national, et il y croit, comme Ségolène Royal, ou Nicolas Sarkozy avant lui, mais pour aboutir, en 2012 ou plus tard, il lui faudra soit phagocyter un PS à la dérive, soit séduire l’électorat d’un UMP à ce point désintégré qu’il serait incapable de présenter un candidat sinon crédible, du moins consensuel… Dans les deux cas, c’est un peu la porte étroite, car le PS préférera perdre que de se subordonner à un leader centriste, quant à l’UMP, il est loin de la faillite.
Alors, l’Europe dans tout ça ? C’est un moyen d’exister, quand bien même nombre de militants sont authentiquement europhiles. Un moyen de se compter, voire de poser les prémisses d’une négociation. Baroin, Villepin, Hollande… Paris vaut bien une messe.
Ph. L.
« Parler de la France, c’est aussi parler de l’Europe » Article de L’Union paru le jeudi 4 juin 2009
Vous adhérez aux idées du MoDem, mais vous n’êtes pas encarté. Pour quelle raison ?
Jean-François Kahn : « Tout bêtement, parce qu’on ne me l’a pas demandé ! Mais on n’a jamais demandé à De Gaulle pourquoi il n’avait pas adhéré au RPF ou à Mitterrand pourquoi il a mis si longtemps à adhérer au Parti socialiste ! »
Y a-t-il des différences entre vous et François Bayrou ?
« Si j’étais à 100 % d’accord avec lui, ce serait terrible. Il n’y a qu’à l’UMP que les gens prétendent être d’accord sur tout avec Sarkozy. Il y a donc des différences, en effet. Par exemple, Bayrou approuve le RSA, moi non, parce qu’il va encourager le travail à temps partiel et les bas salaires.
N’avez-vous pas l’impression de faire la pré-campagne présidentielle de François Bayrou ? Bref, d’être instrumentalisé ?
Ce serait bien la première fois ! Je défends des convictions, les mêmes depuis 30 ans. Je reconnais être assez archaïque, d’ailleurs : je m’engage sur des idées, pas sur une ambition personnelle ou la perspective de je ne sais quel portefeuille. »
Dans son dernier livre, Bayrou juge très durement Nicolas Sarkozy et appelle à un vote sanction contre le gouvernement. N’est-ce pas détourner l’électorat des enjeux du scrutin européen ?
« Bayrou est l’un des leaders de l’opposition et son ambition présidentielle est connue. Il est donc dans son rôle. Mais le premier à avoir parlé d’un vote sanction, c’est le PS, pas Bayrou. Moi-même, je suis contre l’idée d’un tel vote. Cela dit, je trouve incroyable qu’il n’y ait pas eu, dans cette campagne, de débats projet contre projet. Le MoDem ne demandait que cela. Au lieu de quoi, l’UMP nous reproche d’être hors sujet quand on parle de la France tout en demandant d’ailleurs aux électeurs de conforter Sarkozy. Mais parler de la France, c’est parler de l’Europe et inversement. Il faut expliquer aux gens qu’il n’y a ni déconnexion, ni coupure. Si l’on ne doit plus parler de la France dans le cadre d’une campagne européenne, je crains qu’on éprouve beaucoup de mal à mobiliser les électeurs sur le millimétrage des queues de cerises. »

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